Nos mots se colorent au brasier de nos émois, dans le partage de nos envies, sur le frisson de nos désirs… et s'éparpillent dans nos mémoires en éclats chaleureux, jusque dans les creux de nos intimités en pâmoison… Nos déshabillés pulsent dans la lumière carmin où se détourent les corps aux souffles coupés dans le mordant des chairs animées… Nos mots, pris dans le vif des tendres échanges, répercutent l'écho sensuel de la fleur de nos peaux, sur l'émulsion des sens qui nous perdent, pour mieux se retrouver… dans le regard de l'autre…
À la fois exhibitionniste et pudique, grotesque et subtile, Brigitte Fontaine consent à révéler cette part intime de l'artiste qu'elle est, qui brûle sa vie par les deux bouts, sans économie. Dans cet hymne à la vie haletant, pas de demi-mesures, pas de valse-hésitation, pas de parcimonie, mais beaucoup de générosité, de prodigalité, de démesure, de véhémence et de tendresse.
Le monde d’Anne Leurquin est un monde où les crédules s'auto-envoûtent, deviennent leur propre proie . C’est un monde ordinaire, banalisé mais, surtout, subtilement sensualisé. C’est aussi un monde rural mais moderne. Il y a des portables, des 4X4, de beaux lits tendance avec boutis, des appentis de fermes, des poulaillers, des chevaux que l’on monte, des curés de village blasés, de vieilles jeteuses de sort trépidantes, des clochards sylvestres, des convives inamovibles au café du coin, des enfants espiègles, des maris aux abois et des épouses qui tendent à batifoler avec le vendeur d’assurance du hameau. Ce monde (notre monde, en fait), Anne Leurquin nous l’esquisse comme si elle le dessinait pour la première fois. Il nous est livré avec beaucoup de poésie, de charme, de faconde, souvent en de courts paragraphes vifs et hachés. Et toujours est-il que, dans ce monde-là, une sorte de loup , cette nuit-là, s’est évadé d’un vague jardin zoologique… S’amorce alors un tourbillon de faits brossés, souvent dans la pénombre, qui va nous placer bien en porte-à-faux entre le conte cruel, le roman de mœurs et le récit d’atmosphère. Et tout cela dans la prose magnifiquement maîtrisée d'Anne Leurquin et qui fait du Loup les déshabille un roman d'une force d'évocation fluide et sensuelle.